Il n'y a rien d'anormal dans ces photos. Juste des gosses dans des paddy wagons pour une affiche anti-guerre. Les réalités de la Russie de Poutine, les gars. Tu vis ici.
Je suis sûr que la propagande du Kremlin va maintenant pousser un hurlement : n'impliquez pas les enfants dans la politique ! eux-mêmes à blâmer! Où étaient les parents ?
Je ne sais pas comment ces enfants se sont retrouvés à la manifestation. Peut-être sont-ils venus seuls, peut-être avec leurs parents. Mais en général, de nombreuses générations dans notre pays ont appris dès l'école que la pire des choses est la guerre et que la valeur principale est un ciel paisible au-dessus de votre tête. Je me souviens très bien comment, dans mon école Touchino natale N172, nous, très petits garçons, dessinions des affiches anti-guerre et des journaux muraux sur nos bureaux.
Et ça va!
Les gosses sont contre la guerre, c'est putain de normal !
Les enfants devraient s'imprégner d'idées anti-guerre avec le lait de leur mère. Et maintenant, cela est assimilé à l'extrémisme - et c'est insensé.
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Interview de Harari
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EXCLUSIF. Yuval Noah Harari : "Si on n'arrête pas Poutine, ce sera dévastateur pour nous tous" Pour l'historien auteur de "Sapiens", la guerre en Ukraine est cruciale pour l'avenir de l'humanité. Et "le plus tragique, c'est qu'elle n'a été voulue que par une personne".
Il est l'un des penseurs les plus influents au niveau planétaire, le premier "intellectuel global du XXIe siècle" selon The Economist. Professeur à l'université hébraïque de Jérusalem, Yuval Noah Harari a vendu 35 millions d'exemplaires de ses essais Sapiens, Homo Deus et 21 leçons pour le XXIe siècle (Albin Michel). Quand arrive une crise aussi déstabilisatrice que l'invasion de l'Ukraine par la Russie, son analyse est donc très attendue.
En exclusivité pour L'Express, celui qui était au départ spécialisé en histoire militaire a, pendant une demi-heure, livré son point de vue engagé sur le conflit. Il explique pourquoi la guerre en Ukraine est un enjeu crucial pour l'avenir de notre planète et critique tous ceux qui chercheraient des excuses au régime russe. Pour l'historien israélien, personne ne peut ainsi rester neutre face à l'agression d'un "tyran" comme Vladimir Poutine.
L'Express : Dans un texte publié par L'Express, vous assurez que Vladimir Poutine a "déjà perdu cette guerre" en Ukraine. N'êtes-vous pas trop optimiste ?
Yuval Noah Harari : Poutine peut bien sûr conquérir l'Ukraine. Mais sur le long terme, la question importante est de savoir si l'Ukraine sera un Etat indépendant ou si elle est amenée à être annexée par la Russie. On connaissait à l'avance beaucoup de choses sur cette guerre. On savait que l'armée russe était bien supérieure à l'armée ukrainienne et que l'Otan n'enverrait pas de troupes. Mais il y avait une inconnue, celle de savoir si les Ukrainiens allaient se défendre ou non.
Dans l'esprit de Poutine, l'Ukraine n'existe pas. A ses yeux, ses habitants sont russes et veulent faire partie de la Russie. Il n'y aurait qu'une petite élite de "néonazis toxicomanes" qui empêcheraient cela. Poutine a répété ce mensonge tant de fois qu'il y croit sans doute. Il pensait qu'il suffirait de marcher sur Kiev et qu'en vingt-quatre heures, cette clique serait renversée. Mais aujourd'hui, tout le monde - sauf Poutine - voit à quel point tout cela est faux. Les Ukrainiens se battent comme des diables. Ils veulent de tout leur coeur être une nation indépendante.
Poutine peut l'emporter militairement en Ukraine, et cela de manière sanglante. Jusqu'à présent, il y a des centaines de morts civils, mais cela pourrait s'élever à des centaines de milliers de victimes. Il suffit de regarder ce qui s'est passé en Syrie. N'oublions pas que Poutine est le responsable des bombardements à Homs ou Alep. J'ai très peur d'une escalade de la violence similaire en Ukraine. Mais sur le long terme, quand on voit la résistance féroce des Ukrainiens, je crois qu'il est très clair qu'ils n'accepteront jamais la fin de leur nation et le rattachement à la Russie.
Vous rappelez souvent à quel point notre espèce, l'Homo sapiens, est influencée par de grands récits. Vous croyez donc vraiment que l'histoire d'une nation ukrainienne est plus forte que les tanks russes ?
On a déjà vu ça bien des fois dans l'Histoire. Le Vietnam, l'Afghanistan ou l'Irak, avec les Américains, ont été occupés militairement. Mais le plus difficile, c'est de rester. En Ukraine, l'important est ce qui se joue dans les esprits des personnes, pas dans les tanks russes. En plus, Volodymyr Zelensky est devenu une icône sur les réseaux sociaux dans son rôle de "Captain Ukraine".
En France, un autre récit est populaire à l'extrême droite comme à l'extrême gauche : l'invasion de Poutine ne serait qu'une réaction défensive face à l'expansion agressive de l'Otan. Qu'en pensez-vous ?
C'est comme si un agresseur posait ses bottes sur le visage d'une autre personne, tout en disant : "S'il vous plaît, comprenez mes sentiments". Non ! Des soutiens de Poutine tentent aujourd'hui d'expliquer qu'il a ses raisons, qu'on l'a poussé à cette invasion. Il suffit de regarder les images affreuses de cette guerre en Ukraine pour comprendre l'absurdité de ces arguments.
Par ailleurs, jamais aucun pays n'a été forcé à intégrer l'Otan. Ce n'est pas comme si cette alliance mettait un pistolet sur la tempe de dirigeants, en leur disant : "Vous allez nous rejoindre". Ce n'est pas comme cela que ça fonctionne ! Les pays ont rejoint l'Otan pour leur protection. Il suffit de voir ce que Poutine vient de faire à pays non-membre comme l'Ukraine pour comprendre la popularité de l'Otan. Enfin, la Russie est le plus grand pays au monde. Qui voudrait les envahir ? La dernière fois que quelqu'un a tenté cela, c'était en 1941 et nous savons tous comment cela s'est fini pour l'Allemagne. Aujourd'hui, je ne crois pas qu'il y ait un seul Allemand qui entretienne le fantasme d'envahir la Russie. De qui ont peur les Russes ? De la Lituanie ? De la Norvège ? Sérieusement ?
En France, les deux candidats de l'extrême droite à la présidentielle, Marine Le Pen et Eric Zemmour, n'ont jamais caché leur admiration pour Poutine. Premier candidat à gauche, Jean-Luc Mélenchon, du fait de son antiaméricanisme, a lui aussi été très complaisant avec le régime russe...
Qu'ont à voir les Américains avec ce que fait Poutine aujourd'hui ? Il a envahi l'Ukraine. Ce ne sont pas les Etats-Unis qui ont orchestré cela. Arrêtons de nous focaliser sur les Américains. Aujourd'hui, ce sont bien Ukrainiens qui sont au milieu d'une guerre.
Je ne comprends pas comment quelqu'un qui se dit pour la paix et contre l'impérialisme peut tenter de justifier cette invasion. Poutine est en train d'essayer de raviver un empire de l'ancienne façon : non pas avec des blockbusters hollywoodiens et une puissance capitaliste, mais avec des armes ! Si vous luttez contre l'impérialisme et que vous ne condamnez pas fermement cette agression, alors je ne comprends plus rien à ce que serait l'impérialisme.
Vous avez publié un article dans The Economist expliquant que ce qui se jouait en Ukraine, ce n'était rien que moins que "la direction que va prendre l'histoire de l'humanité". Selon vous, nous sommes à un moment crucial : soit la longue période de paix en Occident, qui dure depuis plusieurs décennies, était une anomalie historique, soit c'était au contraire la preuve que l'humanité peut sortir de la loi de la jungle...
C'est d'ailleurs pour cela que l'Europe, et plus généralement le monde occidental, a réagi de façon aussi forte et rapide après cette invasion de l'Ukraine. Beaucoup de personnes ont compris ce qui était réellement en jeu. Nous avons pu croire que les histoires sur la Seconde Guerre mondiale ne pouvaient se reproduire. Mais avec l'attaque de l'Ukraine, Poutine a ravivé ces mauvais souvenirs. Tout le monde a compris que le monde avait changé.
C'est un moment de vérité pour déterminer si la période de prospérité et de paix que nous avons connue durant plusieurs décennies peut perdurer. Si nous n'arrêtons pas maintenant l'agression d'un tyran comme Poutine, cela va avoir un effet dévastateur sur le monde entier. Mais je suis optimiste en voyant la puissante mobilisation face à cette invasion de l'Ukraine.
Il y a deux grandes façons de considérer l'Histoire. D'un côté, les "réalistes" expliquent que le monde est violent et que les humains ne changent pas. De l'autre côté, les "idéalistes", comme vous ou le psychologue cognitiviste Steven Pinker, pensent que grâce aux institutions, à l'essor de la raison ou à la féminisation, l'humanité a pu faire décliner la violence...
Je pense que ce sont les "idéalistes" qui sont en fait les plus réalistes. Les supposés "réalistes" assurent que nous ne sortirons jamais de la loi de la jungle et que, fondamentalement, nous ne changerons pas. Mais c'est oublier qu'il y a eu des vrais changements dans l'Histoire. Ceux-ci n'arrivent pas par miracle ou parce qu'une divinité déciderait d'une période de paix. Non, pour faire reculer la violence, nous avons besoin de bonnes décisions et d'institutions. C'est vraiment ce qui s'est passé durant ces dernières décennies et cela n'a rien d'un fantasme de hippie. Il suffit de regarder les budgets des Etats. Dans l'Union européenne, les dépenses militaires représentaient en moyenne moins de 2 % du PIB, alors que les dépenses pour l'éducation, la santé ou l'Etat providence sont bien plus conséquentes. C'est incroyable !
Mais comme tout cela dépend de nos décisions, cela peut très facilement s'inverser. On a vu que le gouvernement allemand, du jour au lendemain, en réaction à l'invasion de l'Ukraine, a décidé d'une nette augmentation de ses dépenses militaires pour dépasser les 2 % de son PIB. C'est une tendance qu'on va voir dans d'autres Etats. Tout cela à cause de la décision d'une seule personne, Poutine.
En Russie, la part des dépenses militaires est d'ailleurs bien plus élevée et en forte progression depuis des années. Si nous laissons Poutine l'emporter, cela risque de devenir la norme dans le monde entier. Or, en voulant financer une machine de guerre, on délaisse les autres secteurs. En dépit de la taille du pays, l'économie russe est d'ailleurs modeste. Le PIB russe, d'environ 1 630 milliards de dollars par an [NDLR : 1 500 milliards d'euros], se situe loin derrière celui de la France et s'avère même plus petit que celui de l'Italie.
Quand des personnes comme Pinker ou moi parlons d'une "nouvelle paix", nous ne disons pas que la nature humaine aurait profondément changé. Nous soulignons simplement que les humains ont pris de meilleures décisions, en améliorant les institutions. A l'inverse, si vous êtes dans une vision fataliste de l'Histoire, vous exonérez Poutine de ses responsabilités. Cette invasion de l'Ukraine ne serait pas réellement de sa faute, ce serait simplement le fait de notre nature humaine profondément guerrière. Rappeler le déclin de la violence, c'est aussi une façon de rendre pleinement responsables les humains. Nous avons toujours la possibilité de vivre dans une société pacifique, nous l'avons démontré pendant plusieurs décennies !
Que pensez-vous de l'efficacité des sanctions économiques contre la Russie ?
Les Russes n'arrêteront pas leurs opérations militaires au bout de quelques jours, du fait de ces sanctions. Mais sur le long terme, elles peuvent être très efficaces, en ralentissant l'économie russe et en provoquant une rancoeur grandissante contre le régime de Poutine. La France et les pays de l'Otan ne peuvent intervenir directement en Ukraine, sous peine de risquer un conflit nucléaire. Mais ils doivent faire tout ce qu'ils peuvent, que ce soit par l'envoi d'armes ou par des sanctions économiques lourdes.
Certains comparent l'Ukraine de 2022 à la Tchécoslovaquie de 1938. Est-ce pertinent d'un point de vue historique ?
Les analogies sont toujours limitées, car chaque période a ses spécificités. Mais quand il était enfant, Poutine a été biberonné aux histoires sur les atrocités allemandes et sur la bravoure russe pendant le siège de Leningrad [NDLR : entre 1941 et 1944]. En devenant adultes, nous tentons tous de recréer les histoires qui nous ont bercés enfants. Mais Poutine se fantasme en brave soldat russe défendant la patrie russe contre les nazis... Il se trompe. Aujourd'hui, c'est très clairement lui qui est dans le rôle de Hitler.
L'Union européenne est régulièrement critiquée pour sa faiblesse. L'historien Niall Ferguson la qualifie même d'"anti-empire" qui refuse le pouvoir. Comment jugez-vous sa réaction face à l'agression de Poutine ?
Jusqu'à présent, j'ai été impressionné par la rapidité et la force des réactions européennes. Même des pays comme la Suède et la Finlande ont décidé d'envoyer des armes à l'Ukraine, ce qui est historique. La Hongrie de Victor Orban n'a pas cherché à bloquer les sanctions. Les pays européens ont compris que ce qui est en jeu en Ukraine, c'est tout ce qu'ils ont bâti depuis des décennies. Cela risque d'être un long conflit et j'espère que l'Europe arrivera à tenir.
Je suis d'accord sur le fait que l'Union européenne est un "anti-empire". Elle ne cherche pas à conquérir des territoires par la force. Personne n'est forcé à la rejoindre et si vous voulez la quitter, vous pouvez le faire sans problème, comme l'a montré le Brexit. Ce n'est pas le cas pour l'empire russe, qui conquiert des territoires par la force ou empêche toute sécession. Aujourd'hui, le message est très clair : les Ukrainiens ne souhaitent pas faire partie de la Russie, mais veulent rejoindre l'Europe.
Il faut en particulier souligner la réponse de l'Allemagne dans cette crise. Tout le monde doit gérer sa propre histoire. Les Allemands ont une terrible culpabilité par rapport à la Seconde Guerre mondiale. Ils continuent à vouloir prouver au monde entier qu'ils ne sont plus des nazis. Je crois qu'il faut vraiment leur dire : "Ecoutez, nous savons ce passé. Vous devez cesser de vous excuser pour tout et commencer à vous battre. Si vous voulez vraiment faire pénitence pour ce lourd passé, ne restez pas neutres et pacifiques face à tout, mais soyez à l'avant-garde de la lutte pour les libertés et la démocratie." Je suis certain que l'Allemagne, désormais, serait bien le dernier pays à succomber à une idéologie totalitaire.
C'est un propos fort venant d'un juif israélien...
L'un de mes grands-parents venait d'ailleurs de Tchernivtsi, en Ukraine [NDLR : ville de Bucovine qui comprenait une majorité de juifs ashkénazes]. Du fond de mon coeur, je peux ainsi dire que je considère aujourd'hui l'Allemagne comme un défenseur de la démocratie. Et nous avons besoin que ce pays soit fort pour défendre nos valeurs, plutôt que d'avoir peur qu'à chaque fois qu'un soldat allemand utilise une arme, le monde entier se dira que les nazis sont de retour.
L'Ukraine pourrait-elle devenir l'Afghanistan de Poutine ?
J'espère que non, pour le bien de tout le monde. La guerre en Afghanistan contre l'URSS a duré plus de neuf ans, sans parler de la guerre civile qui a suivi. Cela a causé bien des misères humaines, avec des millions de tués, blessés ou réfugiés. J'espère que le message d'une Ukraine indépendante, qui ne veut vraiment pas rejoindre la Russie, sera compris par Poutine en quelques jours seulement et que cela ne prendra pas des années.
Le plus tragique dans cette guerre, c'est qu'elle n'a aucun fondement profond. Il y a des guerres ancrées dans l'Histoire. Regardez le conflit qui oppose mon pays, Israël, aux Palestiniens. C'est vraiment une guerre entre des peuples, très complexe. Mais il n'y a pas de haine historique entre Russes et Ukrainiens. C'est vraiment une seule personne qui a souhaité cette guerre. Une seule personne ! Le risque, c'est que si cette guerre ne cesse pas rapidement, la haine ne fera que grandir entre les deux peuples. Les graines qui sont plantées vont donner des fruits horribles pour les décennies à venir. J'espère que l'on évitera cela.
Vous avez fait un don de plusieurs centaines de milliers de dollars pour les enfants en Ukraine. Mais que pouvons-nous faire en tant que simples citoyens ?
Il y a toujours quelque chose que l'on peut faire. Même le simple don d'un manteau peut aider des réfugiés. Mais vous pouvez aussi contribuer en tant qu'électeur. Les sanctions vont avoir des répercussions sur les économies européennes. Les gouvernements démocratiques sont effrayés, car ils ne veulent pas s'aliéner des électeurs si les prix montent. D'autant plus qu'en France, les élections sont proches. Mais les électeurs, en s'exprimant sur le Web, peuvent faire savoir qu'ils comprennent la situation et qu'ils ne puniront pas les gouvernements se montrant fermes face à Poutine, du fait des difficultés économiques provoquées par ces sanctions. C'est très important. Chaque individu, chaque électeur, peut donner ce signal aux responsables politiques.
Selon vous, on ne peut donc pas rester neutre face à ce conflit, en se disant qu'il est loin de nous ?
Cette guerre en Ukraine est l'affaire de tous, car elle va façonner notre avenir. J'en reviens aux dépenses militaires. Si les budgets alloués à la défense doublent dans les années à venir, cela signifiera moins d'argent pour d'autres secteurs, comme la santé ou l'éducation. Mais c'est aussi moins d'argent pour faire face au réchauffement climatique. Soit nous mettons un terme à ce conflit maintenant, soit nous entrons dans un monde où les Etats vont devoir se réarmer. Si on préfère investir dans des missiles plutôt que de faire face au réchauffement climatique, cela affectera toutes les personnes sur cette planète. Cette guerre en Ukraine influence l'avenir de l'humanité de tant de façons...